L’introduction, dans son intégralité
Chaque élection présidentielle française s’ouvre sur le même rituel : une cascade de promesses. Baisser le chômage, réduire la dette, réformer l’État, redonner à la France son rang dans le monde.
Et chaque fin de mandat s’achève sur le même constat : la déception, le désenchantement, le sentiment que les promesses n’ont pas été tenues.
Mais est-ce si simple ? Les présidents de la Cinquième République ont-ils systématiquement trahi leurs engagements ? Ou certains d’entre eux ont-ils, au contraire, réalisé bien plus que ce qu’ils avaient promis ? Et comment comparer équitablement des mandats exercés dans des contextes radicalement différents des « Trente Glorieuses » à la crise du Covid, de la guerre froide à l’invasion de l’Ukraine ?
C’est pour répondre à ces questions que ce livre a été écrit, non pas comme un pamphlet ni comme un exercice de nostalgie, mais comme une tentative rigoureuse de confronter, pour chacun des douze mandats présidentiels de la Cinquième République, les promesses faites aux Français avec ce qui s’est réellement passé. Les chiffres contre les mots.
Les faits contre les discours.
Cet ouvrage repose sur un principe méthodologique simple : ne s’appuyer que sur des sources officielles et vérifiables. Aucune opinion, aucun jugement partisan, aucune estimation personnelle. Seulement des données publiées par les institutions dont c’est la mission de compter, mesurer et évaluer.
Dix indicateurs ont été retenus et suivis systématiquement pour chaque mandat : la croissance du PIB, la dette publique, le chômage, l’immigration contrôlée, l’immigration clandestine, le poids de la France au niveau mondial, le niveau d’études, l’insécurité, les inquiétudes des Français, et l’inflation. Les sources utilisées sont exclusivement françaises : INSEE (comptes nationaux),
Banque de France, OFCE, Cour des comptes, rapports parlementaires, Archives nationales, site de l’Élysée.
Quatre axes ont été analysés pour chaque mandat : le poids économique, l’influence diplomatique, la puissance militaire et le rayonnement culturel. Chaque chapitre inclut un tableau de synthèse et une section sur la perception de la France vue depuis l’étranger (perspectives américaine, allemande, britannique, russe, africaine, et selon les cas, du Tiers-Monde, du Pacifique ou des émergents). Les sources sont exclusivement internationales : FMI, Banque mondiale, OCDE, ONU, SIPRI, OTAN, UNESCO, OMC, AIEA, OIF, gouvernements étrangers (Department of State américain, Foreign Office britannique, Bundestag allemand, Kremlin), 4think tanks (CSIS, Brookings, GMF, Carnegie, Institut Montaigne, SWP).
L’ouvrage est composé de vingt-quatre chapitres et d’une synthèse générale, organisés en deux séries parallèles :
Chaque chapitre suit la même architecture : le contexte de l’arrivée au pouvoir, le programme et les ambitions du président, ce que la France aurait été si toutes les promesses avaient été tenues, ce qui s’est réellement passé, un récapitulatif des indicateurs clés (début et fin de mandat), un bilan comparatif promesses vs réalité, et une conclusion.
Chaque chapitre international suit la même architecture :
Poids économique, poids diplomatique, poids militaire, rayonnement culturel, tableau de synthèse, perception de la France depuis l’étranger, et conclusion.
L’ensemble est couronné par une synthèse générale qui met en perspective les grands enseignements de 66 ans de la Vème République.
De Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, huit hommes ont exercé la fonction présidentielle sous la Vème République. Ils incarnent des personnalités, des générations et des visions radicalement différentes.
De Gaulle, le fondateur, arrive au pouvoir à 68 ans pour sauver un pays au bord de la guerre civile. Il construit les institutions, restaure les finances publiques, et rend à la
France son indépendance. Pompidou, l’héritier, prolonge la modernisation économique mais meurt en exercice, emporté par la maladie et rattrapé par le premier choc pétrolier.
Giscard d’Estaing, le réformateur libéral, crée les institutions qui structurent encore le monde (G7, Conseil européen), mais échoue face au chômage de masse naissant.
Mitterrand, le socialiste devenu européen, opère le tournant de la rigueur en 1983 et lance la construction de l’euro, mais lègue une dette doublée et un chômage record.
Chirac, le gaulliste pragmatique, réforme l’armée et dit non à la guerre en Irak, mais perd le référendum européen de 2005.
Sarkozy, l’hyperprésident, gère la crise de 2008 et réintègre l’OTAN, mais laisse une dette explosée et une Libye en ruines. Hollande, le « président normal » transformé en chef de guerre, réussit la COP21 et le Mali mais s’effondre dans l’impopularité. Macron, le plus jeune depuis Napoléon, porte l’ambition européenne la plus forte mais se heurte aux Gilets jaunes, au Covid, et à une crise institutionnelle sans précédent.
Chacun a hérité des succès et des échecs de son prédécesseur. Chacun a été porté ou fracassé par les circonstances « les Trente Glorieuses », les chocs pétroliers, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, la crise de 2008, le Covid, l’Ukraine. Le contexte ne fait pas tout, mais il fait beaucoup. C’est pourquoi cet ouvrage s’efforce de juger chaque président au regard des contraintes de son époque, et non à l’aune de nos attentes actuelles.
Ce livre n’est pas un réquisitoire. Il ne vise aucun président en particulier et ne cherche pas à établir un classement. Il n’est pas non plus un manuel d’histoire : le lecteur ne trouvera pas ici le récit exhaustif de chaque mandat, mais une analyse centrée sur la confrontation entre les engagements pris et les résultats obtenus.
Il n’est pas davantage un exercice de politique-fiction. La section « La France si toutes les ambitions avaient été réalisées », présente dans chaque chapitre, ne constitue pas une prévision alternative mais un outil de mesure : en imaginant le résultat idéal, on dispose d’un étalon pour évaluer l’écart entre l’ambition et la réalité.
Enfin, ce livre ne contient aucune opinion personnelle de l’auteur sur les politiques menées. Les appréciations (« promesse tenue », « partiellement tenue », « non tenue ») découlent de la confrontation factuelle entre les engagements documentés et les indicateurs mesurés. Le lecteur est invité à se forger son propre jugement.
Au-delà du bilan de chaque mandat, la lecture des vingt-quatre chapitres fait apparaître des constantes qui traversent les alternances et les générations.
Première constante : la dette. Aucun président depuis de Gaulle n’a réduit la dette en proportion du PIB. L’équilibre budgétaire de 1965 est devenu un souvenir lointain. La France est passée, en soixante ans, du statut de bon élève européen à celui de mauvais élève.
Deuxième constante : le chômage. Le plein emploi des années 1960 n’a jamais été retrouvé. Le chômage de masse, apparu dans les années 1970, est devenu une fatalité française que ni la gauche ni la droite n’ont su éradiquer.
Troisième constante : la grandeur diplomatique.
De de Gaulle à Macron, la France a maintenu une influence internationale disproportionnée par rapport à son poids économique. Siège permanent au Conseil de sécurité, dissuasion nucléaire, premier réseau diplomatique mondial, francophonie : ces atouts sont le produit cumulé de soixante ans de politique étrangère.
Quatrième constante : le climat social.
Mai 68, grèves de 1995, Gilets jaunes, retraites de 2023 : la France se distingue par l’intensité récurrente de ses crises sociales, qui contraignent les présidents à reculer ou à passer en force, dans les deux cas au prix d’une fracture durable.
Ces constantes dessinent le portrait d’un pays à la fois ambitieux et fragile, puissant et endetté, influent et divisé.
Un pays qui, depuis soixante-six ans, cherche à concilier la grandeur internationale et la prospérité intérieure sans jamais y parvenir pleinement.
Le chapitre 12 et son pendant international, consacrés au second mandat d’Emmanuel Macron, présentent une particularité : il s’agit d’un mandat en cours. Les données sont arrêtées fin 2025 et le bilan est par définition provisoire. Le lecteur est invité à garder cette réserve à l’esprit.
Par ailleurs, le chapitre 12 contient une section consacrée aux sept grands défis qui attendent le prochain président de la République : la dette, la crise institutionnelle, la fracture sociale, la transition écologique, la sécurité et le narcotrafic, l’immigration, et les défis géopolitiques. Cette section ne constitue pas une prise de position politique mais un état des lieux factuel des chantiers ouverts.
Ce livre est dédié à tous ceux qui croient que la démocratie se nourrit de vérité. Juger un président, ce n’est pas l’accabler ni le glorifier : c’est mesurer l’écart entre ce qu’il a promis et ce qu’il a fait, en tenant compte des circonstances, de l’héritage reçu, et de la marge de manœuvre dont il disposait réellement.
En refermant ces pages, le lecteur disposera d’un outil pour déchiffrer les promesses du prochain candidat à la présidentielle, non pour les rejeter par avance, mais pour les évaluer avec discernement.
Car la Vème République, malgré ses crises et ses désillusions, demeure une démocratie vivante, traversée de débats passionnés, où chaque élection ouvre une page nouvelle.
La France, comme l’écrivait de Gaulle, ne peut être la France sans la grandeur. Encore faut-il savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.
Ici s’arrête l’introduction.
Suivent vingt-quatre chapitres et une synthèse générale, dans Ils l’avaient promis — 436 pages.